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Courrier littéraire
Ma démarche quelque peu particulière vous surprendra certainement. Habitant d'un tout petit village du centre de la France, le milieu dans lequel vous évoluez m'est totalement étranger. Vous ne me connaissez pas et rien ne permet de penser que nous nous rencontrerons un jour. Bien sûr, j'aurais pu vous dire par message interposé sur internet l'impression désagréable, pour ne pas dire plus, que m'a laissé votre passage télévisuel lors de votre dernier succès littéraire. J'avais du prix Goncourt une autre image. J'ose l'avouer, votre expression m'a fortement déplu et je préfère vous le dire directement. Sûrement avez-vous une plume remarquable, en tout cas certains semblent le croire... Pour ma part, je ne le saurai jamais car l'impression laissée par votre attitude ne m'a pas encouragé à me pencher sur vos écrits. Ce petit mot ne se veut nullement insultant mais simplement le reflet d'un ressenti dont je tenais à vous faire part. La morgue et le cynisme dont vous avez fait preuve, de mon point de vue, n'est pas à votre honneur et manque singulièrement de respect envers vos lecteurs potentiels. Je vous salue, Monsieur, néanmoins, et espère que vous m'éclairerez sur les raisons vous poussant à une telle attitude publique. M. de Saint-Perret
Le seul fait que vous ne soyez pas indifférent m'encourage à persister dans l'attitude que je me plais à offrir aux médias. Non seulement j'aime que l'on parle de moi, et peu importe en quels termes, en bien ou en mal, mais j'estime être d'une grande utilité publique : en effet, je pousse indiscutablement des tas de lecteurs « potentiels », comme vous dites, à réagir en exprimant leurs pensées les plus secrètes... Oui, je suis un écrivain qui nargue et qui dérange, dont le public est constitué essentiellement de pauvres hères qui ne m'ont jamais lu et que j'exaspère autant que je fascine. Je vous ai envoûté, vous en conviendrez, et pour l'instant vous me haïssez encore ; sachez qu'il s'agit sans doute des prémices d'une relation profonde, prometteuse en tout cas. Vous manifestez déjà du désir, vous voulez en savoir plus sur ma personne, et vous finirez, comme tant d'autres, par vous rendre à mes charmes littéraires. Pour l'instant, je me berce de votre malaise et cela fait tout simplement que je me sens... vivant ! Car voyez-vous j'ai par ailleurs une existence si vide, et terne ! Je vois le temps passer sans pitié et l'échéance se rapprocher inexorablement. Vous rendez-vous compte, cher Monsieur, que vous êtes déjà en train de me lire ? Prenez conscience de vos contradictions et de mes compétences ! Le premier pas est fait, laissez-vous aller désormais. Bonne continuation, mon ami ! Veuillez agréer mes meilleurs sentiments, les plus rouellebecquiens. Michaël Rouellebecq
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